Les conserves de sardines à l'huile d'olive, ou le luxe français sur les grandes tables du monde

par Eric Legent sur December 06, 2019

Par Jean-Christophe FICHOU

Agrégé d'Histoire, docteur en Histoire, docteur en Géographie

Article reproduit avec l'aimable autorisation de son auteur

Résumé

L’industrie des conserves de sardines à l’huile est née en France après 1820, à Nantes, dans la fabrique de Pierre-Joseph Colin. Très rapidement, cette branche d’activité connaît un développement considérable sur le littoral breton et vendéen. La production monte en flèche passant de 3 millions de boîtes en 1850, à 10 millions cinq ans plus tard, 30 millions en 1866 et plus de 40 millions en 1900 à l’apogée de la fabrication française. La fabrication des conserves de poissons devient une industrie de masse par les chiffres d’affaires et les bénéfices réalisés, par le nombre des salariés employés, par l’importance des activités annexes développées. Les « friteries » sont au centre d’un complexe beaucoup plus vaste qui englobe pêches, marines marchande et militaire, activités portuaires, négoce, fabrication en usine, développement urbain. C’est le temps où se constitue un véritable espace économique sardinier ; on peut dire, sans exagération aucune, que cela a modifié le faciès de la France côtière occidentale. Mais cette réussite technique, économique et commerciale n’est pas le fruit du hasard. Elle s’est bâtie sur une conquête méthodique des marchés, et tout particulièrement dans les grandes capitales étrangères où les conserves les mieux préparées, généralement écoulées sous le nom du fondateur de l’entreprise, ont connu de surprenants succès. Pourtant, le rôle très important de cette industrie si particulière est mal connu sans doute parce que le secteur des industries agroalimentaires a longtemps été jugé secondaire dans l’économie française et donc négligé par les historiens.

L'industrie des conserves de sardines à l’huile est née en France après 1820, à Nantes, dans la friterie de Pierre-Joseph Colin. Très rapidement, cette branche d’activité connaît un développement considérable et la production monte en flèche passant de 3 millions de boîtes en 1850, à 10 millions cinq ans plus tard, 30 millions en 1866 et plus de 40 millions en 1900 à l’apogée de la fabrication française. La fabrication des conserves de poissons devient une industrie de masse par les chiffres d’affaires et les bénéfices réalisés, par le nombre des salariés employés, par l’importance des activités annexes développées. Les « friteries » sont au centre d’un complexe beaucoup plus vaste ; complexe technique, si l’on veut, lui-même le moteur d’un complexe économique bien plus large et qui englobe pêches, marines marchande et militaire, activités portuaires, négoce, fabrication en usine, développement urbain… au cœur d’une histoire sociale spécifique, « pour nous, l’histoire la plus profonde et, au vrai, l’histoire totale »  [1] C’est le temps où se constitue un « véritable espace économique sardinier »  [2], où l’industrie de la conserve appelle et fixe « des paysans à la côte et provoque la naissance de collectivités portuaires vivantes ; on peut dire, sans exagération aucune, qu’elle a modifié le faciès de la France occidentale et qu’elle est de ce chef un facteur de civilisation »  [3]

Un dernier point particulier de cette activité est son caractère de luxe. Il s’agit du résultat tangible d’une industrie qui « fournit aux classes riches le moyen d’augmenter le luxe des repas, et d’avoir, en tout temps, […] des aliments de choix qu’on ne pouvait servir autrefois »  [4]. Ce produit reste inabordable pour les bourses populaires, alors comment les usiniers ont-ils pu écouler de telles quantités dans le monde entier ? Jusqu’en 1885-1890 la majorité des boîtes est vendue à l’étranger pour être placée sur les meilleures et les plus grandes tables puis, après cette époque, la concurrence internationale se fait de plus en plus vive si bien qu’il faut se défendre mais aussi trouver de nouveaux marchés. Les fabricants s’intéressent donc à la clientèle nationale moins fortunée. Mais, dans tous les cas, il a fallu vendre ces sardines et les modalités de cette activité commerciale essentielle sont très mal connues. Une chose est sûre, la réputation d’une France frileuse et mal assurée sur les marchés d’exportation est en la circonstance totalement usurpée. De la même façon que les parfums, les soieries, les champagnes ou les fines liqueurs, les sardines à l’huile ont emprunté les mêmes réseaux du luxe et de la même manière, les conserves les mieux préparées, généralement écoulées sous le nom du fondateur de l’entreprise, ont connu de surprenants succès. Pourtant, le rôle très important de cette industrie si particulière est mal connu sans doute parce que le secteur des industries agroalimentaires a longtemps été jugé secondaire dans l’économie française et donc négligé par les historiens  [5].

 

Une industrie de luxe

 

La conserve de sardines à l’huile répond à tous les critères énoncés pour qualifier l’industrie du bijou, du parfum ou de la haute couture. Il s’agit d’un produit qui est cher, superflu, vendu dans les épiceries fines ou par correspondance à de riches clients ; comme un vin fin, il s’améliore après plusieurs années de vieillissement. La sardine à l’huile est un exemple supplémentaire à l’appui de la thèse contemporaine qui relie luxe et prospérité. À l’origine de l’innovation, il est certain que la plupart des conserveurs dépendent largement des commandes passées par les familles fortunées d’Europe  [6]. Un code de reconnaissance très précis, fondé sur la signature de l’entrepreneur en premier lieu, simplifiée ensuite et réduite à des initiales, des estampilles ou un logo, permet d’identifier un produit de grande qualité et relativement rare. Ce marché du luxe se maintient, et s’accroît même, par la perfection inégalée des conserves présentées, par les méthodes de fabrication artisanales et traditionnelles, inchangées pendant plus d’un siècle, et par la notoriété du créateur. De plus cette renommée quasi mondiale reste protégée pendant très longtemps  [7]. En 1822 paraît dans le Journal de Nantes et de la Loire Inférieure un article que l’on peut considérer comme la première publicité pour les conserves de sardines à l’huile  [8]. Le Journal de Nantes et de la Loire Inférieure, le 8 juin 1822.. « Grâce à cette invention précieuse, l’opulent nabab de Calcutta qui marie sa fille peut, sur les bords du Gange copier dans le Cuisinier Royal, le menu du banquet des noces. Il lui suffit de prendre son temps à propos et d’écrire six mois à l’avance, rue des Salorges, 9, à Nantes ». On s’adresse à une clientèle fortunée et dispersée sur toute la planète.

 

De nouveaux débouchés

 

Plus surprenant encore est de constater que le succès de la nouvelle industrie est fondé sur une politique d’exportation. Les ventes sur les marchés étrangers connaissent très rapidement un accroissement remarquable sans qu’il soit toutefois possible d’affirmer que cette attitude commerciale repose sur une démarche volontariste des usiniers. L’essentiel de la production de conserve, les 4/5 environ, dès le début de la fabrication, est destiné aux pays voisins. A contrario on peut avancer l’idée d’immuabilité du repas et la monotonie des habitudes alimentaires quotidiennes en France pour expliquer le peu d’attrait pour un produit nouveau sur le marché national  [9]. Plus sûrement, il faut rappeler qu’avant 1850 les courants commerciaux terrestres sont restreints, onéreux et limités par la distance. Il est tout simplement plus facile d’exporter les sardines à l’huile toujours produites dans un port que de les acheminer vers les grandes villes françaises où la clientèle aisée n’est pas forcément suffisante pour répondre aux offres des usiniers.

Parmi les pays importateurs, on trouve très tôt le Royaume-Uni lequel ne pêche pas la petite sardine de conserve mais uniquement le pilchard. La Royal Navy, la flotte de commerce britannique et les colonies réclament des approvisionnements réguliers de qualité si bien que les premiers agents des conserveurs français sont présents à Londres avant 1830 mais il s’agit d’acheteurs anglais. De leur côté, les en-têtes du papier commercial de la maison Rödel, fondée en 1824 à Bordeaux, rappellent que depuis cette date ils sont « Fabricants pour la Marine ». L’usine, construite en 1822 par le gouvernement, est bâtie selon les plans de l’établissement parisien des Quinze-Vingt de Nicolas Appert ; Charles-Désiré Rödel en est le premier directeur. À Bordeaux dix ans plus tôt, Quinton avait déjà implanté une usine de conserves de viandes, rue du Jardin Public. Cette précocité des installations permet à ce port actif de drainer les productions de sardines à l’huile de toute la façade atlantique et de les réexpédier dans le monde entier car les réseaux de commercialisation sont bien rodés. Et puis, au fil des ans, les marchés à l’exportation sont toujours plus demandeurs si bien que les fabricants français écoulent sans problème leurs boîtes. L’écoulement [des conserves] est toujours plus actif pendant le premier trimestre, parce que c’est le temps où les navires de Nantes, Bordeaux et le Havre partent en grand nombre pour les voyages au long cours et surtout pour l’Inde qui représente un débouché considérable  [10]

À Concarneau, pratiquement toute la production est destinée à l’exportation : « Cette sardine à l’huile est très recherchée et on la transporte toute à l’étranger »  [11] L’Inde absorbe en 1827, via l’Angleterre, la moitié des exportations françaises. Le continent américain, dans son ensemble, est aussi un acheteur important ; les commandes affluent des États-Unis car les besoins s’avèrent gigantesques surtout après l’ouverture de la Frontière et plus encore lors de la ruée vers l’or californien. Au Brésil également, où l’on « portait des vinaigres… de l’ocre, du sel, des pommes de terre… et des conserves de Colin qui donnaient aussi un bon fret »  [12] Les transports commerciaux s’organisent au départ des ports installés aux abords des lieux de production et plus particulièrement par les ports de Nantes, La Rochelle, le Havre, Bordeaux. 1 500 à 1 600 tonnes [sont] exportées par la France chaque année et envoyées au Brésil, en Kalifornie, aux États-Unis et au Mexique  [13]

Mais ce commerce subit aussi le contrecoup d’événements de nature politique et économique, nationaux et plus encore internationaux, qui affectent les ventes à l’étranger, constituant l’essentiel des débouchés. Par contre, il semble que les ventes sur le marché français stagnent ou ne progressent que lentement car les fabricants eux-mêmes s’en désintéressent : introduit d’abord comme assortiment dans les provisions des navires de longs cours, puis comme objet de pacotille, ce produit fut promptement connu sur les marchés des colonies, en même temps qu’il pénétrait peu à peu sur ceux de l’intérieur. Mais il fallait du temps pour s’y habituer ; de plus, la fabrication faite à grands frais dans les ateliers éloignés des côtes tenait les prix élevés et la sardine fut d’abord presque un objet de luxe  [14].

En fait, la sardine à l’huile reste bien un objet de luxe, et même de très grand luxe, pendant tout le XIXe siècle et une bonne partie du XXe siècle, pour le redevenir aujourd’hui. Il faut attendre que la conserve de poisson devienne aliment de prestige sur les plus grandes tables pour que l’ensemble de la population aisée l’accepte, puis le recherche, guidé par l’image qu’il s’en fait  [15]. Le processus de civilisation culinaire réalisé au XIXe siècle reprend la boîte de sardines dans son sillage et la présente comme un objet de haute cuisine. Le raffinement des choix et des conduites s’impose comme mode de vie dont les « préceptes de savoir-vivre et les convenances de table aujourd’hui en vigueur sont l’expression »  [16]. Les fabricants renommés se font donc un devoir de préparer le meilleur produit possible sans s’inquiéter réellement des coûts de revient. Le marché est naturellement rythmé par l’éternelle loi de l’offre et de la demande, en l’occurrence d’ailleurs plutôt celle de la demande toujours plus forte que celle de l’offre, si bien que la fixation d’un prix ne pose guère de problème aux fabricants ; seules comptent une préparation et une présentation parfaites. Quelque temps avant l’Exposition Universelle de Londres en 1872 le fils du conserveur Peneau écrit à son père :

"J’ai remarqué, entre autres boîtes de sardines ouvertes, la blancheur de celles de Levesque. Si j’étais juré, je lui donnerai la prime. S’il fabrique comme cela pour Londres, il faut redoubler de soins car il pourrait nous faire tort en Angleterre  [17]"

Mais il faut d’abord se faire un nom dans ce monde fermé. Aussi, les conserveurs s’évertuent par tous les moyens à se distinguer afin de renforcer leurs ventes dans les pays acheteurs mais aussi en France. Par voie de presse, il est facile de rappeler aux éventuels clients cette fabrication nouvelle bien que cette solution soit très vite abandonnée après les essais de Colin. Des incidents entre collègues, réglés par la justice, permettent aussi de se faire une place. Venu de Rieumes en Haute-Garonne, François Deffes s’installe à Nantes, à la Ville-aux-Bois vers 1834 et passe ses premières commandes de boîtes au ferblantier Jean-MarieVédry. Il embauche un ouvrier répondant au nom de Jos Colin, homonyme du précurseur consacré, et produit, dans le même quartier de Nantes, ses conserves sous ce nom prestigieux jusqu’à l’intervention des tribunaux alertés par la plainte de Joseph Colin. Mais la publicité faite autour de cette histoire lui permet de s’immiscer dans la profession et de vendre ses sardines à l’huile avec bonheur. Les affaires marchent d’ailleurs si bien qu’il construit une nouvelle usine à La Turballe en 1837 et une troisième à Piriac en 1839  [18].

Une autre façon d’attirer le chaland est de rappeler le haut patronage d’un membre de la famille royale puis impériale. Le succès d’un conserveur et de sa « maison » tient pour une bonne part à la reconnaissance de son produit par un groupe privilégié appartenant à la classe sociale la plus élevée. Être choisi par cette élite, c’est la certitude d’atteindre le pinacle, d’être connu, reconnu puis recherché par l’ensemble de la classe dominante. En contrepartie, la stabilité ou l’expansion de cette reconnaissance, et des ventes, reposent strictement sur la qualité irréprochable des objets offerts aux clients très exigeants  [19]. Pierre-Joseph Colin présente dans son catalogue des produits considérés comme les « délices de S. A. R. madame la Duchesse du Berry ». Son successeur, Bonhomme-Colin se vante d’être le fournisseur du prince de Joinville depuis le passage de ce dernier dans ses magasins en octobre 1842  [20]. Millet et Rondenet quant à eux alimentent le petit frère, le duc d’Aumale. Philippe et Canaud ne manquent jamais de signaler sur leurs étiquettes, ou les en-têtes de leur papier à lettres d’alors, qu’ils sont les fournisseurs exclusifs de sa majesté Louis-Philippe et de la maison royale. Levesque rappelle sur ses lettres qu’il est le fournisseur breveté de la cour impériale d’Autriche-Hongrie ; mention qu’il s’empresse de cacher sous une pastille blanche en août 1914. Rödel signale quant à lui qu’il est le fournisseur de Sa Majesté l’Empereur du Brésil et fabricant pour la Marine, alors que la maison Benoist approvisionne le prince Albert ; Cassegrain se souvient dans toutes ses plaquettes publicitaires du diplôme d’honneur reçu des mains de l’impératrice Eugénie en 1861. Quarante ans plus tard, la pratique est toujours à la mode puisque la maison Ramell, nouvelle venue parmi les conserveries, se targue de compter le Prince Georges, futur roi d’Angleterre, parmi ses clients et le fait savoir. Un tel parrainage pour la marque ne peut être autre chose que le gage de la meilleure qualité. Et puis si la chance de compter un membre de familles régnantes ou princières parmi vos clients ne vous sourit pas, il vous reste la possibilité de gagner une médaille d’or aux Expositions universelles, viatique certain pour le succès attendu.

 

Les Expositions Universelles

 

Les Expositions sont des expérimentations qui mettent surtout en jeu les formes et les techniques de la communication, ce sont des machines faites pour informer  [21].

Les Expositions Nationales, puis Internationales, s’avèrent l’un des meilleurs moyens pour se faire connaître. Les récompenses obtenues révèlent votre activité, entretiennent la renommée ou renforcent la réputation. Et même si aucune distinction n’est décernée, le produit présenté est désormais connu par tous les marchands de quelque importance qui visitent des grandes foires et se familiarisent avec ces nouveaux aliments  [22]. Dès 1825, un an après l’ouverture de son « usine », Joseph Colin est présent à l’exposition de Nantes ; en 1835 on retrouve à Paris trois conserveurs nantais : Bertrand et Leydic, Millet et Chéreau. L’Exposition de 1839 accueille au moins quatre fabricants dont les Nantais Philippe et Canaud et celle de 1841, tenue à Bordeaux, présente les produits des conserveurs locaux Rödel et Teyssonneau. À l’Exposition industrielle de Paris, en 1844, les conserveurs présents sont de plus en plus nombreux parmi les 3 960 exposants. Le comité de sélection du département du Morbihan décide de présenter les produits du fabricant Gillet, installé à Lorient-Kernevel depuis peu, sans même s’inquiéter de l’excellence du produit préparé, en se fondant simplement sur sa réputation !

[Les conserves alimentaires] de M. Gillet n’ont pas été dégustées par la commission ; l’importance seule de cette fabrication dans l’arrondissement de Lorient depuis la création de l’établissement de M. Collin à Nantes et l’inspection des prix et factures de M. Gillet ont décidé la commission à en proposer l’envoi au jury  [23].

La distribution des récompenses, décernées dans chaque catégorie, est effectuée par le roi lui-même, le 29 juillet 1844, au palais des Tuileries. Les médailles et distinctions obtenues sont toujours mises en avant par les récipiendaires. À l’issue de la première grande Exposition Universelle de Londres, on note que le fabricant nantais, Joseph Peneau, installé à Chantenay depuis 1844, obtient une mention et son collègue Philippe et Canaud une médaille d’or. Quatre ans plus tard, lors de la première exposition internationale française de 1855 deux usiniers finistériens, Peyron et le Guillou-Penanros, sont déjà présents alors que leurs usines respectives sont âgées de trois et deux ans  [24] ! Les frères Pellier, originaires du Mans et depuis peu installés au Croisic, obtiennent une médaille de première classe pour les « conserves diverses et sardines »[25]. L’attribution d’un prix est un passeport indispensable pour parvenir à la célébrité, sinon à la notoriété, et assurer des ventes substantielles. Ces trois fabricants sont présents sept ans plus tard à l’Exposition de Londres où ils obtiennent un prix et dès lors leurs ventes augmentent si bien que le voyage aux Expositions n’est plus nécessaire la reconnaissance étant acquise. Les manifestations étrangères sont évidemment très recherchées dans la mesure où les 4/5 des ventes s’effectuent à l’exportation, il convient de faciliter par tous les moyens la distribution hors de France et c’est un des meilleurs moyens de se faire connaître sur de nouveaux marchés. On retrouve ainsi le conserveur Gillet à l’exposition de New York en 1853  [26]. En 1862, à Londres, on ne compte pas moins de 685 maisons françaises pour un total de 3052 exposants dans la première section, classe 3, « produits agricoles et aliments » dont une vingtaine de conserveurs  [27]. À Paris, en 1867, une classe particulière est réservée aux sardines à l’huile et au thon mariné preuve de l’extension de cette industrie et de l’influence croissante de ses patrons dans le monde de l’industrie. Trois fabricants finistériens récemment installés recherchent alors les faveurs du jury, qu’ils obtiennent d’ailleurs : Balestrié, Rabot et Chancerelle  [28]. Les conserveurs morbihannais ne sont pas moins récompensés puisqu’ils ramènent de Paris autant de prix  [29]. Lors des réunions des comités départementaux pour l’examen des demandes d’exposition à Paris en 1878 nous constatons que le secrétaire de l’organisation finistérienne est un conserveur, Charles Rabot et que trois autres usiniers complètent la commission, de Lécluse, le Guillou-Penanros et Balestrié, ces deux derniers déjà récompensés  [30]. Parmi les 49 dossiers d’admission retenus pour représenter le département on note encore la très forte proportion de conserveries puisque neuf d’entre elles exposent à Paris  [31]. La proportion est de même nature encore une fois dans le Morbihan  [32] et ce ne sont pas moins de quinze fabricants de Loire inférieure qui effectuent le déplacement vers la capitale  [33]

Après avoir longtemps privilégié le marché extérieur, les fabricants se rabattent sur l’hexagone, sur les consommateurs français, après 1882 environ et le développement des usines en Espagne et au Portugal. Pour tenter de s’imposer sur cette nouvelle place méconnue, il leur faut faire connaître leurs produits aux acheteurs potentiels les plus intéressants, les grossistes, les coopératives, les épiceries de luxe (Gasiglia, Hédiart ou Luce, place de Clichy) et les maisons à succursales multiples. D’une part, celles qui commercialisent essentiellement des conserves de grande qualité comme Damoy et, d’autre part, celles qui vendent en plus et en quantité des produits de seconde qualité comme Félix Potin, les Docks rémois fondés en 1887, les Établissements économiques d’Alimentation (Casino) créés par Geoffroy Guichard en 1898, Goulet-Turpin en 1900 ou les Nouvelles Galeries. L’essor de l’économie nationale se prête à cet effort de vente entrepris par les conserveurs. Malgré quelques années plus difficiles, 1907 ou 1913, la croissance nationale est manifeste. Elle s’effectue à un rythme saccadé, mais les gains de productivité sont réels ; la mécanisation et la meilleure organisation des marchés ont entraîné une amélioration notable des salaires et donc de la consommation alimentaire populaire. L’urbanisation, la fin des potagers et de l’autoconsommation poussent aussi à l’achat de produits alimentaires nouveaux dont les conserves. Un marché de masse existe bel et bien en France à la veille de la Grande Guerre, mais il convient de signaler qu’il est encore très peu pénétré par les sardines à l’huile françaises bien que les usiniers à cette époque aient compris l’intérêt de le conquérir. La sardine reste un produit de luxe comme nous le rappellent les guerriers en culottes courtes de l’armée de Longeverne lorsqu’ils décident de faire une fête et d’acheter des provisions :

des Sardines ! Nous n’avons que vingt et un sous souligna Lebrac. Faut acheter des sardines, insinua Tintin. C’est bon les sardines. Ah ! tu sais pas ce que c’est, Guerreuillas ! Et bien mon vieux, c’est des petits poissons sans tête cuits dedans une boîte en fer-blanc, mais tu sais, c’est salement bon ! Seulement on n’en achète pas souvent chez nous passe que c’est cher  [34].

C’est à l’occasion de la distribution en grand sur le sol national que tous les fabricants inventent des marques nouvelles et nombreuses, aux appellations les plus diverses, bretonnantes ou celtisantes, en particulier, et abandonnent l’ancienne habitude commerciale qui consistait à ne vendre que sous le nom du conserveur ou du fondateur de la maison. Cette pratique est une aubaine pour les fabricants ibériques qui à leur tour empruntent à notre langue les dénominations les plus variées. Ainsi on retrouve sur le marché français des boîtes portugaises qui s’appellent le Glouton, la Renommée, l’Hirondelle, Sainte-Thérèse, Sainte-Eugénie, le Faisan d’or, les Savoureuses, l’Aigle d’Or, les Joyeuses… Comme vous le voyez, on s’y livre, on s’y abandonne à toutes les fantaisies de l’esprit au point de vue du choix des dénominations à appliquer aux conserves  [35].

Pour autant la commercialisation par les regrattiers n’est jamais reprise comme argument de vente. Les petits épiciers ne sont guère considérés et toutes les grandes maisons de conserves maintiennent l’habitude de signaler au public leurs clients prestigieux. Ainsi le fabricant Olivier de Mauduit du Plessis, propriétaire des usines et de la marque Émile Goyen, rappelle dans ses publications qu’il est le fournisseur des restaurants parisiens, le Fouquet’s, le Café de Paris, le Pré Catalan, le Ritz, Paillard, le Quai d’Orsay, le Carlton mais aussi des maisons d’alimentation Hédiart, place de la Madeleine, Leclerc, avenue Percier ou Cuvellier aux Champs Élysées  [36]. L’Illustration Économique et Financière, le Finistère, mars…. Le conserveur n’oublie pas non plus de signaler qu’il est toujours un exportateur vers la Pologne et plus particulièrement vers la capitale Varsovie. Pour ces grandes épiceries, françaises ou non, et ces hôtels de luxe, il prépare une conserve de très grande qualité qui est vendue sous le nom propre du fondateur, Émile Goyen. Pour ces produits de luxe, dont la France conserve le monopole, des soins particuliers sont apportés aux sardines comme le retaillage des queues aux ciseaux et le sectionnement au collet pour présenter un poisson parfait. Mais pour les chaînes de magasins, il prépare des conserves de seconde qualité, des produits dits de « cavalerie » ou « contremarque » parce que justement ils ne portent pas le nom du fabricant. Ces boîtes de sardines à l’huile demeurent encore un très bon produit, fabriqué avec ce qui reste des prélèvements de choix et les poissons tout venant, couverts d’huile d’arachide. Ces boîtes sont commercialisées sous des appellations beaucoup plus fantaisie : Armoricaines, Keristum, Menez-Bihan, Menez-Veil, Alexis… Une politique semblable est menée par la firme Béziers : les ouvrières ont à leur côté pendant l’emboîtage deux sortes différentes de boîtes ; une sorte, celle portant la marque du Yacht-club sert à contenir le poisson sans tache et sans défaut, les sardines d’une netteté parfaite l’autre portant une marque d’emprunt, reçoit les sardines qui dans les manipulations précédentes ont subi quelques légers accrocs ou présentent quelques défectuosités… 

Dans tous les cas de figure et quelle que soit la qualité finale de la conserve, les industriels étrangers comprennent très vite l’intérêt commercial et financier d’une telle fabrication. Avec des poissons locaux ressemblant plus ou moins aux sardines de l’Atlantique français, avec des huiles de couverture parfois étranges, huiles de poissons, de coton ou de camélia, les conserveurs norvégiens, américains ou japonais envahissent progressivement le marché international en écoulant une marchandise de piètre qualité mais beaucoup moins onéreuse que la sardine à l’huile française. Un des moyens les plus simples et les plus efficaces pour favoriser les ventes est tout bonnement de reprendre la présentation des produits hexagonaux en plagiant les appellations et en trichant sur les origines du produit.

 

La propriété du nom, la marque déposée et l’origine contrôlée

 

Le nom commercial, c’est-à-dire celui sous lequel un commerçant ou un fabricant est connu de sa clientèle, forme sa propriété exclusive, indépendamment de tout dépôt ou formalité administrative quelconque ; cette propriété, qui n’est autre la plupart du temps que le nom patronymique du fabricant, est normalement protégée par une première loi en date du 22 germinal An XI (12 avril 1803) laquelle prévoit que les fabricants peuvent déposer leurs modèles aux greffes des tribunaux de commerce pour éviter toute contrefaçon. La loi du 28 juillet 1824 renforce encore la protection du nom utilisé de manière usuelle pour le commerce ; elle interdit notamment de faire apparaître sur les produits une appellation d’un usinier autre que celui qui en est réellement l’auteur, ainsi qu’un nom de lieu autre que celui de la fabrication. C’est la loi du 23 juin 1857 qui fonde officiellement la notion de marques de fabrique et de commerce et reste en vigueur jusqu’en 1964 ; elle stipule en particulier que tous les produits étrangers, portant soit le nom d’un fabricant français, soit la marque ; soit enfin une mention quelconque pouvant faire supposer que lesdits produits seraient de provenance française, seront saisis.

La jurisprudence applique cette loi même lorsque le fabricant cité est d’accord ou si le nom porté est imaginaire, cas le plus fréquent  [38]. Hubert Ouizille, Les conditions économiques actuelles des…. Mais cette législation s’avère totalement inefficace car trop précise, pas assez générale. Il est possible de la contourner par de multiples moyens dont le plus répandu est la confusion d’homonymes. C’est une forme de contrefaçon ancienne qui est alors très prisée, l’imitation de marques reconnues. D’autre part, les conserveurs incriminés dans de telles affaires sont généralement blanchis car il leur est facile de prétendre qu’ils ne savaient pas que le nom utilisé était déjà en usage puisque les dépôts de marque s’effectuent uniquement à l’échelon local dans le seul greffe du tribunal de commerce de la région  [39].

On recherche un homme de paille ayant avec l’un de nos grands fabricants, Amieux, Saupiquet, Chancerelle ou autres, une similitude de nom et avec ce nom imprimé sur la boîte, le consommateur est encore dupé, croyant avoir acheté ainsi un produit dont le nom constitue la garantie  [40].

Les conserveurs, par le biais de leurs associations de fabricants et des Chambres de Commerce, encore une fois, sont les premiers à dénoncer le préjudice grave que leur cause l’introduction en France de produits étrangers intéressant leur industrie ou plus grave encore, la commercialisation de produits étrangers vendus sous des appellations françaises. La loi du 26 novembre 1873 permet au propriétaire d’une marque reconnue de faire poinçonner, s’il le souhaite, ses boîtes de sardines par les services de l’État. Mais cette première mesure resta lettre morte car les conserveurs ne voulaient pas payer une taxe supplémentaire et importante pour cette garantie somme toute aléatoire. De plus cette disposition ne sanctionne pas des pratiques comme le démarquage, le dépotage ou la boîte blanche. Une des premières pétitions à exiger la protection de la marque est rédigée en 1884 par l’ensemble des fabricants français.

Depuis quelques années notre industrie si florissante autrefois est cruellement éprouvée : plusieurs fabricants ont été déclarés en faillite, d’autres ont suspendu leurs paiements, enfin les plus riches ont perdu une partie de leur fortune et sont sur le point de renoncer à une fabrication qui ne leur donne que de la perte ; la moitié des usines est en vente à vil prix, sans trouver d’acquéreurs. Cette mauvaise situation est due à plusieurs causes, mais la principale est la redoutable concurrence qui nous est faite par les fabricants étrangers beaucoup plus favorisés que nous par leur gouvernement. Depuis quelques années de nombreuses fabriques sont installées en Angleterre, aux États-Unis, en Italie, en Autriche et surtout en Espagne et en Portugal. En Angleterre, on fabrique le sprat sous le nom de sardine. Aux États-Unis on prépare le petit hareng et autres poissons aussi sous le nom de sardine. Enfin en Italie, en Algérie, en Espagne et en Portugal on pêche des sardines comme en France… Mais que ce soient des sprats, des allaches, des harengs ou des sardines, les fabricants étrangers, sans exception, imitent les marques françaises, étiquettent leurs boîtes avec des noms de fantaisie et les plus audacieux contrefont servilement les marques les plus estimées  [41].

La Chambre de Commerce de Nantes est particulièrement inquiète car de telles pratiques menacent une industrie très bien implantée dans la région et qui a bâti sa notoriété sur la qualité irréprochable de ses conserves vendues sous des noms prestigieux. Elle s’adresse en conséquence aux ministères des Finances, de l’Intérieur, de la Justice et du Commerce pour dénoncer des opérations jugées frauduleuses.

Depuis quelques années la fabrication des sardines a pris au Portugal et dans les provinces du Nord de l’Espagne un développement considérable. Le poisson qui se rencontre dans ces parages est de qualité très inférieure à celui qui se pêche sur nos côtes. La concurrence que les fabrications portugaises et espagnoles sont en état de faire à la nôtre ne saurait par conséquent préjudicier à celle-ci auprès des consommateurs qui forment sa clientèle si elle s’exerçait d’une manière loyale ; mais il se passe depuis quelque temps des faits qui expliquent la mévente dont la production nantaise est devenue l’objet. Les conserves portugaises et espagnoles sont mises dans des boîtes métalliques sur lesquelles on applique des marques ou des étiquettes portant le mot Nantes ; ces boîtes sont introduites sous le régime de l’entrepôt réel des Douanes et réexportées ensuite à l’étranger avec une désignation frauduleuse  [42].

À la réunion du Grand Louvre, en mars 1885, les représentants de tous les fabricants français demandent, entre autres, aux ministres concernés la stricte application de la loi et même son renforcement. Il est préconisé que les produits étrangers ne puissent être introduits en France sans porter les marques réelles du conserveur et surtout la désignation des lieux de pêche et de mise en boîte, en clair la nationalité de la conserve. En effet, jusqu’alors tous les conserveurs présents au Portugal importent leurs propres boîtes, à leur nom, à leurs marques, qu’ils se contentent de remplir sur place. Le plus souvent ils contournent les règlements en signalant le plus simplement du monde que la sardine a été mise en boîte sur les lieux de production mais parfois l’adresse française, de Nantes, de Concarneau ou d’ailleurs est inscrite sur les étiquettes. En août 1886 un conserveur est contrôlé par la Douane française pour un tel délit. Le fabricant Ogereau averti de ce contrôle s’inquiète auprès de son fils, lui aussi au Portugal, qui lui répond :

Le fabricant dont a parlé papa est évidemment Flon, mais leurs boîtes étaient illustrées à son nom. Quant à nous, il est bien entendu que nous enverrons des boîtes blanches sans étiquettes et sans estampilles sur le couvercle  [43].

Une autre lacune législative existe en ce qui concerne les boîtes non imprimées ou non revêtues d’étiquettes réglementaires qui, introduites en France, reçoivent après leur entrée une transformation de marques et sont livrées à la consommation comme produits français. « Toute boîte doit être estampée sur le couvercle du pays d’origine »  [44]. En effet on s’est aperçu que des produits ibériques sont introduits en France en boîtes « blanches », sans marque ni indication d’aucune sorte, sur lesquelles on pose ultérieurement une étiquette française pour les écouler dans le commerce national ou les réexpédier sur le marché de Londres où nos produits sont très en faveur.

Il arrive aussi que les conserves de sardines fabriquées à l’étranger par certains industriels français passent la frontière avec la marque française induisant ainsi l’acheteur en erreur sur la provenance du produit  [45].

La confusion volontairement établie ne peut que porter préjudice aux conserves françaises, de qualité supérieure, et qui avaient construit leur renommée sur cet argument. Les conserveurs français eux-mêmes s’étonnent du laxisme des autorités mais profitent, tous et non pas certains, de cette absence de législation comme le souligne benoîtement Camille Ogereau en février 1887 : « Pour le moment nous pouvons faire rentrer en France des boîtes imprimées ne portant aucun nom de provenance »  [46]. Cette façon d’opérer perdure encore longtemps et même longtemps après les dispositions législatives d’interdiction.

La possibilité de réaliser des bénéfices énormes en vendant comme produits français des conserves étrangères a suscité les ingéniosités de l’imagination et l’avidité des appétits. À l’heure actuelle, les procédés mis en œuvre pour tromper le consommateur ne se comptent plus  [47].

En 1902 et 1903 les importations s’élèvent à 6 663 tonnes alors que la consommation française de sardines étrangères est officiellement d’environ 2 500 tonnes. La « fraude » effectuée par des maisons nationales atteint donc plus de 4 000 tonnes de boîtes dépotées, démarquées, ré-étiquetées et enfin écoulées en France ou réexpédiées à l’étranger  [48]. Les Douanes sont d’ailleurs parfaitement au courant de la situation et multiplient leurs contrôles dans les gares et sur les quais au grand dam de certains conserveurs. D’ailleurs « un certain nombre » parmi ces derniers adresse une pétition à la Chambre de Commerce de Quimper pour que de tels agissements jugés abusifs cessent. La Chambre après avoir délibéré sur les faits exposés par les fabricants mécontents considère que les nouveaux procédés utilisés par les Douanes, à savoir l’ouverture autoritaire des caisses, constituent pour les industriels des entraves inutiles. En conclusion, elle proteste énergiquement contre ces procédés draconiens que rien ne justifie. Elle émet le vœu que l’Administration des Douanes mette plus de condescendance dans ses rapports avec les industriels et qu’elle adopte un moyen de vérification moins vexatoire et moins préjudiciable aux intérêts commerciaux  [49].

L’une des conséquences assez inattendues de cette méfiance est le peu d’empressement des fabricants produisant seulement en France à présenter leurs produits aux Expositions Universelles pour éviter toute forme d’imitation. La Chambre de Commerce de Morlaix se plaint car pour elle les Expositions n’ont pour seul résultat que de faire connaître aux concurrents étrangers nos procédés industriels « dont ils se servent aujourd’hui trop victorieusement par des imitations pas toujours très loyales »  [50]. Dans ces conditions beaucoup d’assemblées consulaires refusent de participer aux fonds de garantie et n’encouragent d’aucune manière leurs membres à participer au rassemblement parisien. Les organisateurs s’inquiètent d’ailleurs de cette bouderie.

Dans quelques semaines, les Comités d’admission de l’Exposition de 1900 auront terminé leurs travaux et les listes des exposants seront irrévocablement closes… Votre département qui compte cependant de nombreuses et importantes industries ne m’a fait parvenir à ce jour que 9 demandes provenant de 7 maisons seulement… Permettez-moi, M. le président, de faire appel au patriotisme de tous vos collègues des comités du département du Finistère pour obtenir par des démarches personnelles et pressantes auprès des industriels et producteurs dont le concours vous paraîtra désirable, leur participation à l’Exposition  [51]

Alors que pendant un demi-siècle tous les conserveurs ont insisté pour placer leurs sardines à l’huile aux yeux du plus large public, ils craignent tellement les imitations qu’ils refusent de participer à ces grandes manifestations commerciales internationales. Dans cette disposition d’esprit, la Chambre de Commerce de Quimper prévient très tôt les organisateurs de l’Exposition de 1900 de son refus de participer en considérant que le projet avancé ne semble correspondre, selon elle, à aucun besoin des fabricants du Sud-Finistère. Qu’ainsi que le prouvent les statistiques et les enquêtes, les expositions antérieures ont causé le plus grave préjudice aux commerçants du département… en outre l’industrie française n’est pas intéressée à offrir à ses rivales étrangères – à époque fixe – une hospitalité dont elle sera fatalement victime. Qu’au surplus, l’ouverture d’une exposition universelle serait en contradiction avec le régime protectionniste inauguré par les lois douanières de 1892… La chambre de commerce émet un avis défavorable au principe de l’Exposition de 1900  [52].

Pour contrecarrer cette pratique commune dans toutes les branches industrielles de l’époque, les professionnels de la conserve réclament l’estampage du pays d’origine sur le couvercle de toutes les boîtes arrivant en France. Il existe bien une convention internationale pour la protection de la propriété industrielle et des marques de fabrique, signée à Paris le 20 mars 1883 par 100 parties, mais elle est trop imprécise et surtout allègrement bafouée.

La répression énergique de cette fraude devient une impérieuse nécessité pour les fabricants français : il faut voter un texte législatif clair obligeant au moins à porter sur les boîtes l’origine du produit. Le projet est présenté en juin 1888 et l’ensemble des usiniers est satisfaits : 

considérant que la loi de 1857 concerne les marques en général et ne distingue pas entre les marques de fabrique et les marques de commerce ;

Considérant que pour efficacement protéger les fabricants français entre eux et les consommateurs contre les contrefaçons étrangères, et empêcher les altérations de noms sur les produits français, il faudrait imiter l’Angleterre qui par le bill marchandises marks act a exigé que tous les produits fabriqués rentrant en Angleterre porteraient en détermination anglaise le nom et l’endroit où ils ont été fabriqués. Par ces motifs donne un avis favorable à l’ensemble du projet de loi  [53].

Les décrets d’application sont rapidement présentés si bien que la loi est appliquée avec diligence ; dès 1890 la pratique de la boîte blanche est interdite. Mais le problème de la marque en lui-même n’est toujours pas réglé. Les députés du littoral breton et vendéen se réunissent en février de cette année-là, sur la convocation de deux d’entre eux, Cosmao-Dumenez et du Bodan, afin de définir en commun les mesures à prendre dans l’intérêt de l’industrie de la sardine.

C’est surtout sur la question de sincérité des marques que le débat s’est développé. Deux solutions semblent devoir être en présence. L’une serait de faire poinçonner par la douane les boîtes de fabrication étrangère à leur entrée en France. L’autre consisterait, au contraire, à soumettre à une marque particulière, par exemple à une estampille gravée uniforme, les produits de fabrication française  [54].

Un premier arrangement international est signé à Madrid le 14 avril 1891 pour limiter les tricheries  [55] et réprimer des indications de provenance fausse ou fallacieuse sur les produits ; des discussions auxquelles ne participent ni les Britanniques ni les Américains ce qui limite singulièrement la portée des accords conclus. Dorénavant pourtant, la vente des produits espagnols et portugais présentés sous des étiquettes françaises est interdite, bien que provenant dans la majorité des cas d’usines « françaises ». Mais la loi est assez facilement détournée et les usiniers ne sont pas forcément persuadés de l’efficacité du Bureau international en charge de la répression des fraudes à la marque. Les ministères des Finances et de l’Industrie sont les premiers à pousser les fabricants à admettre le bien-fondé de la protection de la propriété. Un arrangement international renforce d’ailleurs dès 1903 les modalités de protection. Et puis les États-Unis, par le bill Mac Kinley, réclament aussi la désignation de la nationalité, obligation qui sera la sauvegarde de nos produits de choix contre d’autres produits similaires mais inférieurs et de provenance étrangère. La Douane américaine ne gêne nullement les exportations de notre région pour les déclarations faites en conformité du bill  [56].

Les conserveurs savent que leurs boîtes restent un produit de grand luxe et négligent les taxes car ils privilégient la notion d’origine qui leur garantit les ventes. La mention « France » est le plus sûr passeport pour satisfaire les acheteurs américains. Des usiniers ingénieux installés en Algérie, où ils préparent des allaches cuites à la vapeur, n’hésitent pas à les vendre dans le monde entier sous l’appellation de sardines de Nantes ou de sardines françaises :

… on ne peut que regretter de les voir entrer dans le commerce d’exportation sous la désignation inscrite sur les boîtes de « Sardines de Nantes » au détriment de la bonne renommée de celles-ci à l’étranger car ces conserves de médiocre qualité sont en très grande partie exportées, particulièrement dans les Amériques  [57].

Lors du cinquième congrès des fabricants tenu en 1908, Louis Amieux rappelle qu’en 1880 un fabricant installé à Philippeville a été condamné pour avoir inscrit sur ses boîtes d’un côté : « Sardines à l’huile » et de l’autre le mot : « Nantes », en gros caractère, puis au-dessous, en caractères minuscules : « Fées comme à Nantes »  [58]. Mieux, des fabricants japonais n’hésitent pas à imiter la marque de la maison Amieux et présentent leurs sardines sous l’appellation déposée des Gastronomes à l’Exposition universelle de Milan en 1906  [59].

Par contre on peut s’interroger sur la qualité du discours moralisateur des usiniers. Si leurs Syndicats considèrent que la loi et ses serviteurs doivent intervenir énergiquement pour que cessent les importations frauduleuses, ils sont tout aussi actifs pour refuser des projets tendant à réglementer la profession. Ainsi la proposition de loi présentée en 1901 par le député Mutteau tendant à obliger les usiniers à mentionner d’une manière précise la date de fabrication est sévèrement condamnée par tous les conserveurs.

L’application de cette loi amènerait une perturbation considérable dans la fabrication et dans la vente des conserves. Elle causerait inévitablement un préjudice important à cette industrie en obligeant l’industriel à ne fabriquer qu’au fur et à mesure de ses ventes. Elle empêcherait les commerçants d’accumuler des stocks importants les années d’abondance  [60].

Après quelques mois d’une intense campagne durant laquelle interviennent les députés du Finistère et du Morbihan, la proposition de loi est retirée. Il faut attendre encore cinquante ans avant que n’apparaisse la fameuse date sur les boîtes et encore de manière telle que les consommateurs sont incapables de traduire les mentions portées.

Et puis subsiste un autre problème encore plus pernicieux, celui de la contrefaçon ou plutôt de l’imitation de la marque. Ainsi les petits conserveurs sans notoriété n’hésitent pas à proposer à leur clientèle des sardines aux noms étrangement reconnaissables. Par exemple, Saupiquet est l’un des premiers fabricants à donner une appellation particulière à ses sardines à l’huile : il s’agit des sardines du Jockey-club, grande table parisienne dont il est le fournisseur exclusif. Quelques années plus tard, René Béziers commercialise ses conserves les meilleures sous le nom de Sardines du Yacht-Club. Celles d’Auguste Grivart sont vendues sous le nom de Sardines du Yawl-Club ; Lecointre arrive ensuite avec des Sardines Foxi-club, et il ne s’agit que d’exemples nationaux… L’abondance des témoignages et des slogans dénonçant cette façon de procéder nous prouve sans conteste que l’imitation de marque est monnaie courante. Les chocolats Menier sont les premiers à organiser une campagne nationale contre cette habitude avec une affiche restée célèbre présentant une fillette écrivant au tableau qu’il faut se méfier des imitations. À la veille de la Première Guerre mondiale une quarantaine de grandes maisons, dont Amieux, se regroupent au sein d’une « Alliance commerciale des grandes marques » pour condamner et interdire de telles pratiques  [61]. Mais cette union ne porte pas ses fruits et les petits conserveurs continuent d’user de ce stratagème pour placer leurs produits toujours de moins bonne qualité que leurs illustres modèles. Peu à peu, la sardine à l’huile perd son attrait, elle devient un produit banal, de provenance douteuse, du Maroc ou de Yougoslavie. Baignant dans des huiles de piètre qualité, ces conserves passables contentent pourtant une majorité des acheteurs peu exigeants ; déchéance fatale, on la retrouve même dans les cantines scolaires.

Sans que l’on note de tentatives désespérées pour juguler la catastrophe économique, les fermetures se multiplient ; après 1950, tous les fabricants français connaissent de graves difficultés et ferment progressivement leurs usines les moins performantes pour ne garder que les unités les plus modernes. D’autres maisons se contentent d’arrêter la filière poisson jugée trop aléatoire pour reprendre des activités de conserves de viandes, de plats préparés ou de légumes. Ainsi la maison Hénaff cesse son activité poisson en 1961 et ferme son usine de Plouhinec car elle ne peut répondre à la concurrence de la sardine congelée marocaine  [62] ; elle privilégie dès lors sa production de pâté de jambon. Les entreprises Larzul connaissent des difficultés similaires et abandonnent la production de poisson en conserve la même année : l’usine du Guilvinec est alors fermée et, comme son voisin bigouden, se spécialise dans les conserves de viandes de porc. Puis, progressivement, les grandes maisons, à leur tour, s’enfoncent et disparaissent au même rythme que les bancs de sardines. Parfois même de manière surprenante, comme le souligne Pierre Béziers, fils, petit-fils et arrière-petit-fils de conserveur, témoin « du déclin rapide de la société [Béziers], de sa ruine qui est arrivée avec une rapidité étonnante, un peu vertigineuse […] avec des zones d’ombres… »  [63]. Il s’agit bien de la fin d’un cycle ; le monde de la conserverie de sardine a changé, la conserverie, elle, demeure  [64]. Les consommateurs ont simplement changé leurs habitudes. Plus généralement, nous assistons à la fin d’un mode de vie, « à la disparition du mode de vie bourgeois »  [65]. À titre indicatif, on peut rappeler que le paquebot France embarque encore pour l’année 1962, 50 000 boîtes de conserves de poisson pour nourrir ses passagers d’un standing certain  [66] ; les compagnies maritimes, à l’image des sardines à l’huile, toutes deux produits d’un siècle passé, connaissent le même déclin, remplacées les unes par des produits médiocres et les autres par les compagnies aériennes, lesquelles n’ont jamais offert de conserves de poissons à leur clientèle.

Pourtant, parler de la fin d’une industrie c’est contredire la vérité ; il suffit de reprendre les chiffres et de constater qu’aujourd'hui, les quatre usines les plus importantes, produisent des tonnages supérieurs à ceux des 180 usines de 1900. Mais si la production totale n’a pas chuté, la qualité présentée n’a plus aucun rapport avec les boîtes d’antan. Le crépuscule qui tombe est sans doute la promesse de l’aurore prochaine pour des entrepreneurs soucieux de présenter un produit alimentaire de luxe, sur le créneau spécifique du haut de gamme, à très forte valeur ajoutée, fabriqué avec des sardines et des huiles de très haute qualité, estampillé du Label Rouge  [67], la « star des restaurants à la mode »  [68]. La position dominante est certes un souvenir ancien, mais la notoriété perdue renaît. Même les ventes à l’étranger reprennent  [69], notamment aux États-Unis qui depuis la fin des années 1990 ne fabriquent plus aucune sardine en boîte. L’enjeu pour les conserveurs de sardines à l’huile est d’importance car il leur faut s’adapter à de nouvelles demandes et repenser entièrement leurs gammes de produits. Les petits-fils de Joseph Colin retrouvent les valeurs premières de leur maître à tous et c’est en grande partie pour les avoir oubliées que leurs pères ont dû se résoudre à fermer leurs usines.

La conserverie de sardine à l’huile, industrie de luxe, ne pouvait survivre qu’en le restant, en travaillant des poissons de très grande qualité. « Rien n’égalera la finesse […] de nos pêches […] : aucune méthode scientifique ne pourra remplacer ce goût de terroir qui fit le tour du monde ». La recherche de cette qualité supérieure restait « la seule chance de réussite. Un produit qui ne s’améliore pas de fabrications en fabrications, […], est un produit appelé à disparaître du marché »  [70]. Mais, comme les apports ne sont plus assurés, comme la matière première fait défaut, l’activité industrielle traditionnelle s’évanouit. C’est la fin d’un cycle dans l’évolution économique si particulière d’un bassin industriel atypique, le littoral atlantique sardinier ; la fin d’une combinaison d’activités qui faisaient vivre plus de 100 000 personnes. Non que ce système industriel soit mort d’ailleurs, ni qu’il doive mourir ; seulement il n’a plus la place majeure qu’il occupait dans le maillage industriel ; il devient secondaire dans un contexte général totalement remanié. C’est surtout la fin d’une certaine époque, d’une situation particulière, d’un mode de vie hérité de la IIIe République et jamais remis en question par les principaux acteurs de l’aventure, les conserveurs. La fin, au point de vue international, du libéralisme ancien, du système impérialiste européen d’échanges internationaux, de l’hégémonie économique et politique de l’Occident. La fin, au point de vue national, d’un certain régionalisme, de la possibilité pour la frange littorale atlantique de se développer singulièrement sans aucun appui extérieur.

 

Notes

 

[1] Jean Brunhes, Camille Vallaux, La Géographie de l’Histoire, Paris, Félix Alcan, 1921, p. 50.

[2] Jean Meyer, « D’une révolution manquée à une révolution possible », dans Jean Delumeau, Histoire de la Bretagne, Toulouse, Privat, 1969, p. 465.

[3] R.-V. Manaut, « L’industrie française des conserves de poissons », dans Livre d’or de la Conserve française de poissons, s.l., 1951, p. 18.

[4] Rapport du jury central sur les produits de l’industrie française en 1839, Paris, Bouchard-Hauzard, 1839, vol. II, p. 403.

[5] Jacques Marseille, Les Industries Agro-Alimentaires en France, Paris, Le Monde éditions, 1997, p. 5.

[6] David Landes, L’Europe technicienne ou le Prométhée libéré, Paris, Gallimard, 1980, p. 180.

[7] Danièle Allérès, « Luxe et création », dans Jacques Marseille (dir.), Créateurs et créations d’entreprises, Paris, ADHE, 2000, p. 201.

[8] Le Journal de Nantes et de la Loire Inférieure, le 8 juin 1822.

[9] Guy Thuillier, « Les Sources de l’histoire régionale de l’alimentation », Annales ESC, n° 6, 1968, p. 1301-1318.

[10] AD Loire-Atlantique, 6 JJ 170, Chambre de Commerce de Nantes, séance du 10 juin 1833.

[11] Service Historique de la Marine Brest, 3 P 2-2, Quimper, le 25 juin 1859, le commissaire de l’Inscription maritime.

[12] Ange Guépin et Étienne Bonamy, Nantes au XIXe siècle. Statistique topographique, industrielle et morale, Nantes, Sébire, 1835, p. 348.

[13] AD Morbihan, M 3073, rapport sur la situation industrielle et commerciale de l’arrondissement de Lorient du 22 mai 1841. Cité dans Le Moing, La vie économique et sociale à Port-Louis, UBO, Brest, mémoire de maîtrise, 1996.

[14] Jeune Caillo, Recherches sur la pêche de la sardine en Bretagne, et sur les industries qui s’y rattachent, Nantes, Vincent Forest, 1855, p. 66.

[15] Claude Thouvenot, Les Consommations et les habitudes alimentaires dans la France du Nord-Est, thèse de doctorat de géographie, Paris I, 1975, p. 9.

[16] Nathalie Gachet, « Cuisine professionnelle : le poisson dans tous ses états », dans Geistdoerfer, Ivanoff, Matras-Guin (dir.), La mer dévorée, Paris, CETMA, 2003, p. 53.

[17] Archives privées, citées dans Cornu et Bonnault-Cornu, Pratiques industrielles et vie quotidienne : conserveries et ferblanteries, Nantes, thèse de doctorat, 1989, chap. 1, p. 18.

[18] Félix Libaudière, De l’origine de l’industrie des conserves de sardines, 1824-1861, Nantes, Mellinet, 1910, p. 40.

[19] Danièle Allérès, op. cit., « Luxe et création », p. 201.

[20] Abel Durand, « Historique de la conserve de poissons en France », dans Livre d’or de la conserve française, 1951, p. 15.

[21] L. Aimone et C. Olmo, Les Expositions universelles, 1851-1900, Paris, Belin, 1993, p. 9.

[22] Rayna Gavrilova, « Ex Occidente Lux », dans Bruegel et Laurioux (dir.), Histoires et identités alimentaires en Europe, Paris, Hachette, 2002, p. 104.

[23] AD Morbihan, 1 Z 172, Lorient, le 18 mars 1844.

[24] AD Finistère, 8 M 61, Exposition universelle de Paris 1855.

[25] Rapport du jury mixte international. Exposition Universelle de Paris 1855, Napoléon Bonaparte (dir.), Paris, imprimerie impériale, 1856, LXXIVI-1574 p. ; Classe XI, Préparation et conservation des substances alimentaires, p. 648. (cnum.cnam.fr)

[26] Annuaire du Commerce, Firmin Didot, 1855. Cité dans André Marie d’Avigneau, L’industrie des conserves de poissons en France métropolitaine, Rennes, Imprimerie bretonne, 1958, p. 90.

[27] AD Finistère, 8 M 62, Exposition universelle de Londres 1862.

[28] AD Finistère, 8 M 63, Exposition universelle de Paris 1867.

[29] AD Morbihan, 8 M 115, Exposition de Paris, 1867.

[30] AD Finistère, 8 M 64, Exposition universelle de Paris 1878.

[31] AD Finistère, 8 M 65, Exposition universelle de Paris 1878 : Ispa, Auguste Grivart, Pennanros et Quénerdu de Douarnenez ; Dubreuil et Corniou de Brest ; Balestrié, Billette et Frabot de Concarneau.

[32] AD Morbihan, 8 M 116, Exposition de Paris, 1878.

[33] AD Loire atlantique, 1 ET G24 : Jacquier, Hillerin & Tertrais, Faucheux, Fouchour, Flon, Dupont et Cie, Demoulin, Carraud-Amieux, Chauffournier, Bernard frères, Salles & Chevalier, Philippe & Canaud, Ogereau, Maré, Lambert.

[34] « Le festin dans la forêt », dans Louis Pergaud. La Guerre des boutons, Paris, Folio, 1973, p. 205.

[35] JO, Annales de la Chambre des Députés, séance du 7 février 1913, le député Le Bail.

[36] L’Illustration Économique et Financière, le Finistère, mars 1929, p. 177.

[37] Jacques Mabic, Traité de fabrication des conserves alimentaires de Poissons, Paris, Société française d’imprimerie, 1901, p. 58.

[38] Hubert Ouizille, Les conditions économiques actuelles des industries sardinières françaises et portugaises, Paris, thèse de droit, Librairie générale de droit, 1926, p. 155.

[39] Gérard Emptoz et Valérie Marchal, Aux Sources de la propriété industrielle, Paris, INPI, 2002, p. 122.

[40] JO, Annales de la Chambre des Députés, Séance du 31 janvier 1913, le député de l’Estourbeillon.

[41] AD Finistère, 18 J 24, fonds Hémon, Bordeaux, 1884, pétition des fabricants au ministre.

[42] AD Loire-Atlantique, 1 ET F 131. Nantes, le 28 janvier 1885.

[43] Setubal, le 20 août 1886, lettre citée dans Cornu et Bonnault-Cornu, Pratiques industrielles et vie quotidienne : conserveries et ferblanteries, Nantes, thèse de doctorat, 1989, chap. 3, p. 23.

[44] Archives CCI Quimper, séance du 8 juillet 1887.

[45] Ibid.

[46] Merlant, « Les Conserveurs nantais au Portugal », dans Enquêtes et Documents, Nantes, p. 185.

[47] Yves Ropers, La Crise sardinière, Paris, Boncvalot-Jouve, 1906, p. 190.

[48] Théodore Le Gall, L’industrie de la pêche dans les ports sardiniers bretons, Rennes, imp. Guillemin, 1904, p. 162.

[49] Archives CCI Quimper, séance du 11 mars 1903.

[50] Archives CCI Morlaix, séance du 14 décembre 1885.

[51] AD Finistère, 6 M 68, Exposition universelle de 1900. Paris le 10 décembre 1898, le directeur général de l’Exposition.

[52] Archives CCI Quimper, séance du 14 février 1896.

[53] Archives CCI Lorient, séance du 10 juillet 1888.

[54] Le Finistère, le 26 février 1890.

[55] Convention de Madrid, 14 avril 1891. Voir Bernard Colas (dir.), Accords économiques internationaux, Paris, Notes et Études documentaires, 1990, p. 125. L’Arrangement de Madrid institue une saisie à l’importation de produits portant une indication fausse ou fallacieuse de provenance, dans laquelle un des pays auxquels s’applique l’Arrangement serait directement ou indirectement mentionné comme pays ou comme lieu d’origine.

[56] Archives CCI Quimper, séance du 13 janvier 1892.

[57] Bouchon-Brandely, Berthoulé, « Les Pêches maritimes en Algérie », Revue Maritime et Coloniale, t. 107, 1890, p. 171.

[58] Rapport du cinquième Congrès des fabricants de conserves de sardines, Louis Amieux, Nantes, avril 1908, p. 20.

[59] Rapport du huitième Congrès des fabricants de conserves de sardines, Nantes, février 1911, p. 12.

[60] Archives CCI Brest, séance du 21 mars 1901.

[61] Marc Martin, Trois siècles de publicité en France, Paris, Odile Jacob, 1992, p. 157.

[62] J.-J. Hénaff, « Hénaff, adaptation d’une entreprise en pays bigouden », dans actes du colloque Le pays bigouden à la croisée des chemins, UBO, Brest, 1993, p. 478.

[63]Archives du Musée du bateau de Douarnenez, Aix, le 14 février 2004, Pierre Béziers.

[64] René Leboutte, Vie et mort des basins industriels en Europe, 1750-2000, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 548.

[65] Marc De Ferrière le Vayer, « Les Arts de la table, 1830-1995 », dans Merger et Barjot, Les entreprises et leurs réseaux : hommes, capitaux, techniques et pouvoirs XIXe-XXe siècles, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 1998, p. 255.

[66] Jean-Louis Decroix, Le Développement de l’industrie française de la conserve, Paris, Cujas, 1964, p. 127.

[67] De nouvelles unités de production, de petites tailles, voient le jour et proposent des sardines à l’huile de grand luxe : Guillou s’installe à La Rochelle en 2002 ; Courtin, vieille maison concarnoise, lance une nouvelle gamme en 2004.

[68] Ouest-France, 12 juillet 2005.

[69] Statistiques OFIMER : 300 tonnes en 2000, 1 130 en 2001, 458 en 2002 et 450 en 2003.

[70] Barluet de Beauchesne. Le Sertissage des boîtes de conserves, Paris, La Revue de la Conserve, 1949, p. 210.


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